L’après 17 octobre

Après le 17 octobre : la CNL appelle à des réponses concrètes face à la colère du pays

Avec plus de 850 000 personnes mobilisées partout en France ce samedi 17 octobre, lycéens, étudiants, salariés et Gilets jaunes ont exprimé la même exigence de pouvoir vivre dignement. Se loger, se nourrir, se soigner, se déplacer, étudier et vivre de son travail.

Ces droits fondamentaux sont fragilisés par des années de libéralisation et de reculs sociaux. Le budget 2027 risque d’aggraver encore la situation. En annonçant 54 milliards d’euros d’économies pour ramener le déficit public à 5 %, le gouvernement fait peser de nouvelles contraintes sur les ménages et réduit davantage les moyens de la solidarité nationale. Pour des millions de personnes, la situation devient invivable et nourrit une immense colère sociale.

Cette colère ne justifie pas les violences, les dégradations et les pillages massifs qui ont marqué la journée d’hier et qui, pour partie, se poursuivent aujourd’hui. La CNL les condamne sans ambiguïté. Ces actes abîment la mobilisation et frappent d’abord les plus fragiles : les habitants des quartiers populaires, les petits commerçants et toutes celles et ceux qui ont le moins de moyens pour se protéger.

La CNL exprime son soutien aux victimes et à toutes les personnes touchées par ces violences. Elle salue également l’engagement des policiers, des pompiers, des services de sécurité, des agents publics et des citoyens mobilisés pour porter secours, sécuriser les lieux et réparer les dégâts. La solidarité doit être au rendez-vous, sans opposer la protection des personnes à l’exigence de justice sociale.

Mais les appels au calme et à l’apaisement resteront sans effet s’ils ne s’accompagnent pas de réponses concrètes aux exigences exprimées. La surenchère sécuritaire ne répond ni à la précarité, ni aux fins de mois impossibles, ni à l’angoisse de l’avenir. Elle ne ferait qu’accentuer le fossé entre la jeunesse, les classes populaires et des institutions dont une part grandissante de la population se sent exclue.

La CNL appelle Emmanuel Macron, le gouvernement Lecornu et les parlementaires à prendre leurs responsabilités. Il faut des mesures d’urgence pour soutenir le pouvoir d’achat : maintien et revalorisation des APL, gel des loyers, moratoire sur les charges locatives et arrêt des expulsions sans solution de relogement. Il faut desserrer l’étau de l’austérité budgétaire et dégager de nouvelles recettes en faisant contribuer les grandes fortunes et les superprofits, notamment à travers la taxe Zucman qu’il est temps d’adopter.

La CNL demande un fonds public d’indemnisation des victimes. L’État doit prendre en charge les franchises et les surprimes d’assurance, sans faire payer une seconde fois les ménages. Cette protection doit être financée par une contribution exceptionnelle des grandes fortunes et des superprofits.

La CNL partage l’inquiétude qui traverse le pays. Nous sommes convaincus que sortir de cette crise exige des actes immédiats en faveur de la justice sociale, le renforcement du dialogue social et la reconstruction d’un contrat social et républicain fondé sur la solidarité et l’égalité des droits.

Montreuil le 18 octobre

Fichage des locataires

Fichage des locataires : la honte a désormais un nom, Sigilio !

La Confédération nationale du logement (CNL) dénonce avec force la plateforme Sigilio, un outil numérique permettant aux professionnels de l’immobilier de ficher les locataires en situation d’impayés. Sous couvert de sécuriser les propriétaires, ce dispositif menace d’exclure du marché locatif des ménages déjà fragilisés. Transformer une dette de loyer en motif d’exclusion du logement est une véritable honte.

Le fonctionnement est aussi simple que redoutable : à partir de trois mois de loyers impayés, un locataire peut être inscrit dans un fichier consultable par d’autres professionnels de l’immobilier. Un simple « inscrit » ou « non inscrit » peut alors suffire à lui fermer les portes d’un logement. Et faute de régularisation, ce fichage peut durer jusqu’à cinq ans.

Comble du cynisme, Sigilio entend aussi faire commerce de la précarité ! Après une période de gratuité en 2026, chaque consultation sera facturée 3 euros hors taxes. Trois euros pour savoir si un ménage rencontre des difficultés à payer son loyer. Trois euros pour alimenter un système qui pourrait l’empêcher de retrouver un toit. La détresse sociale devient ainsi une opportunité commerciale. C’est indécent.

Perdre son emploi, tomber malade, se séparer : personne n’est à l’abri d’un accident de la vie. Faudra-t-il désormais porter pendant des années la marque de ses difficultés financières ? Comment retrouver un logement pour se reconstruire si les portes se ferment les unes après les autres ?

Derrière les discours rassurants sur la confidentialité, c’est bien une logique de liste noire qui s’installe. On nous assure que tout est légal. Mais depuis quand avoir connu des difficultés pour payer son loyer devrait-il vous poursuivre pendant des années ? La précarité n’est pas une faute. Elle ne doit pas devenir une condamnation.

Ce qui se passe aujourd’hui en Espagne devrait pourtant servir d’avertissement. Maricarmen Abascal, 87 ans, est morte le 7 octobre, deux semaines après avoir été expulsée de l’appartement où elle vivait depuis près de 70 ans. Son histoire a soulevé une immense vague de colère et d’indignation. Elle rappelle les conséquences humaines dramatiques que peuvent avoir la spéculation immobilière et l’absence de protection suffisante des locataires.

Monsieur Jeanbrun, combien de drames faudra-t-il encore pour comprendre que le marché ne peut pas faire sa loi ? Le ministre, qui a lui-même relancé en septembre l’idée d’un fichier national des impayés, doit prendre ses responsabilités. Le gouvernement doit encadrer le marché immobilier, protéger les habitants contre les abus et empêcher que les difficultés financières deviennent un motif d’exclusion.

À cette logique punitive, la CNL oppose une autre voie : la Sécurité sociale du logement. Plutôt que de ficher les ménages qui ne parviennent plus à payer leur loyer, notre proposition prévoit de créer une caisse nationale de protection locative, fondée sur la solidarité. Elle permettrait de prévenir les impayés, d’éviter les expulsions et de protéger les locataires comme les propriétaires face aux accidents de la vie.

La CNL exige l’arrêt de Sigilio et demande au gouvernement de prendre les mesures nécessaires pour empêcher le développement de tels fichiers. Elle appelle également la CNIL à examiner les risques d’exclusion liés à cette plateforme.

La précarité n’est pas un marché. Le logement est un droit. Plutôt que de ficher les plus fragiles, donnons à chacun les moyens de vivre dignement. C’est tout le sens de notre combat pour une véritable Sécurité sociale du logement.

 

Navigo : aller travailler ne doit pas coûter toujours plus cher !

Le passe Navigo pourrait encore augmenter en janvier 2027 !

Le passe Navigo pourrait encore augmenter en janvier 2027 : 93,40 euros par mois, contre 90,80 euros aujourd’hui. L’abonnement annuel franchirait la barre des 1 000 euros.

La Confédération nationale du logement dénonce cette nouvelle ponction sur le budget des Franciliens et demande l’abandon de cette hausse. Ces euros supplémentaires s’ajoutent au loyer, aux charges et aux courses. Pour les familles qui comptent chaque dépense, aucune augmentation n’est anodine.

Aller travailler, étudier ou se soigner exige de pouvoir se déplacer : les usagers ne peuvent pas simplement renoncer à leur abonnement pour boucler leur budget. Cette politique frappe particulièrement les habitants que le coût du logement éloigne des centres-villes et de leur emploi. Aux longs trajets s’ajoute ainsi une facture toujours plus lourde. Se loger là où les loyers sont moins chers ne devrait pas se payer par des dépenses de transport croissantes, surtout dans une période où les prix des carburants explosent.

Le droit au logement et le droit à la mobilité sont, ici, indissociables. Un autre choix politique s’avère pourtant possible. Depuis décembre 2023, les habitants de la métropole de Montpellier bénéficient, par exemple, de la gratuité des bus et des tramways, sous réserve de détenir un pass gratuité.

La CNL défend cette ambition partout en France. Supprimer le coût de l’abonnement redonne du pouvoir d’achat et lève un obstacle à l’usage des transports collectifs. Avec des lignes suffisamment nombreuses, fiables et bien desservies, la gratuité peut encourager à laisser la voiture au garage. C’est une façon concrète de faire avancer ensemble justice sociale et justice écologique.

La modernisation des réseaux existants s’avère, bien évidemment, indispensable. Elle doit, en revanche, s’accompagner par un financement public durable, assuré par un engagement accru de l’État et une contribution renforcée des grandes entreprises qui en bénéficient. On ne peut pas appeler les etudiants et salariés à changer leurs habitudes pour le climat, tout en leur faisant payer plus cher. Il y a urgence à rendre les transports en commun réellement accessibles, en avançant vers leur gratuité. Pour le climat et le pouvoir d’achat.

Montreuil le 7 octobre.